Jeudi 17 avril 2008

En novembre dernier, j’ai offert un olivier au petit Elie.


 

D’abord parce que je me suis souvenu de deux novembres kurdes.

 

D’une excursion dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, pendant la saison de la cueillette des olives.

 

De cet olivier qui se trouvait devant ma maison, à Suleymanieh : les gardes y tenaient conseil, je venais parfois leur tenir compagnie, ou plutôt chercher leur compagnie.

 

Je n’avais pas encore vu les oliviers de Palestine : mais peut-être pressentais-je qu’un jour, un jour prochain, j’irai vivre sous leurs branches.

 

Il y aurait tant à dire, sur leur tronc, leurs torsades, leur couleur, leur odeur, leur sang, leurs airs de vieillards aux rides centenaires, leur fierté.

 

Elie : il paraît qu’il faut sept ans (peut-être un peu plus là où tu vis, là où la neige n’a pas encore déposé son dernier flocon) à un olivier pour donner son premier fruit.

 

Ici, il suffit peut-être de sept minutes à des mains dentées et à des armes vrombissantes pour les arracher à la terre et démembrer chaque jour un peu plus les vieillards qui les gardent, et les souvenirs qui font d’eux des hommes.

par Hajj publié dans : Moyen-Orient communauté : La poésie qui chante
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Lundi 14 avril 2008

par Hajj publié dans : Moyen-Orient communauté : Photographies
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Samedi 12 avril 2008
Nouvelle discussion de bistrot hier après-midi. Avec Mehdi et Hassan, impossible de ne pas refaire le monde. Alors nous avons pris le taureau par les cornes : oui, comment refaire le monde ?

 

Mehdi, passionné de photo, propose l’idée qu’une photo, une seule, peut changer le monde. L’exemple qu’il donne me parle beaucoup. Il s’agit de cette fameuse image prise par le photographe sud-africain Kevin Carter au Soudan en 1993.

 

Au premier plan, une petite fille, affamée, rampe péniblement dans le sable.

Au second plan, un grand vautour, prêt à ouvrir ses ailes, la suit, la guette, attend qu’elle meure de faim pour assouvir sa propre faim.

 

L’image a fait le tour du monde. On dit que Kevin Carter est resté là, assis sous un arbre, assistant à la scène sans bouger, puis se serait effondré en larmes, impuissant devant la mort annoncée de l’enfant.

 

20 ans avant ce cliché, Susan Sontag avait parlé de la relation entre le photographe et la victime dans son essai On Photography :

 

« Il est devenu plausible, dans des situations où le photographe a le choix entre une photographie et une vie, qu’il choisisse la photographie. La personne qui intervient ne peut enregistrer ; la personne qui enregistre ne peut intervenir. » 

 

Arguments contre arguments, au bout du compte Mehdi et Hassan ont été forcés de l’admettre : combien de photos historiques similaires ont été prises en Palestine, sans que rien ne « change » ? Combien de fois des enfants ne se sont pas retrouvés sous les feux des armes ou de l’actualité, sans que cela ne « change » rien ?

 

Le hasard a voulu que juste après ma conversation avec Mehdi et Hassan, une petite m’ait vu déambuler non loin de chez elle. Elle m’a souri, gênée, puis elle m’a demandé comment je m’appelais, puis elle m’a demandé de la photographier.

 

J’ai d’abord dit non, et me suis réfugié derrière la grande baie vitrée à l’entrée de l’école de musique de Ramallah. Elle a regardé à travers la vitre teintée pour essayer de me voir. Flash-back sur une autre petite, vue il y a quelques mois derrière une vitrine ruisselante à Melbourne.
 

Quelque chose a fait que dans ce jeu infini de regards entre elle et moi, de renvois entre la rétine, la vitre et l’objectif au moment de déclencher, est venu se glisser le drapeau de la Palestine.

 

 
par Hajj publié dans : Moyen-Orient communauté : Photographies
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Jeudi 10 avril 2008
Un morceau de Suisse sous le ciel de Ramallah.

L'orchestre symphonique des jeunes de Berne  a donné un très beau concert hier soir au Palais de la Culture, devant une énorme salle clairsemée.


Dès les premières notes, beaucoup d’émotion : la musique classique détonne un peu ici, et pourtant, elle transporte. Quelle merveille de concerto pour violon et orchestre n°1 de Max Bruch, les cordes sensibles en tremblaient.

A la sortie du concert, une belle lune tenait dans le ciel, ronde accrochée à sa partition d’étoiles, note longue, note juste, dans l’infini des possibilités.

par Hajj publié dans : Suisse communauté : La poésie qui chante
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