Crowhurst

Revu Deep Water l'autre soir. La dernière fois c’était dans l’avion quelque part au-dessus de l’océan indien. Mêmes frissons.

Le documentaire raconte l’histoire du malheureux Donald Crowhurst, marin du dimanche qui voulut se lancer dans la toute première course autour du monde à la voile sans escales.

 

On est en Angleterre, c’est 1968 et pourtant, et donc, he’s leaving home. Le deal est simple : pour repayer ses lourdes dettes, Crowhurst doit revenir intact de son tour du monde. S’il échoue, il précipite sa femme et ses quatre enfants dans la pauvreté.

 

Crowhurst met les voiles alors que les deux premiers concurrents, le très solide Knox-Johnston et le poète Moitessier, sont déjà au large de l’Australie. Une voile se prend dans la quille après dix minutes de course. Il répare, repart.

 

Et puis, c’est le grand vagabondage. Crowhurst n’avance pas, il erre dans l’Atlantique. Il coupe les contacts radio avec l’Angleterre, puis de temps en temps les rétablit : ‘Suis au large du Brésil’ – mais où bon sang, au large du Brésil?

 

Crowhurst sombre petit à petit dans la folie. Il continue à écrire son journal de bord où il consigne sa vraie position, mais en commence un autre où il consigne ses fausses coordonnées. Dans sa tête, il est quelque part dans le Pacifique ; dans la réalité, il est toujours dans l’Atlantique, va faire réparer, déjà à moitié dément, sa coque quelque part en Argentine.

 

Cela dure des mois, d’interminables mois de solitude où Crowhurst, entre la mer et lui- même, s’avoue trop tard qui est son vrai ennemi. Les concurrents réguliers, eux, passent le Cap Horn et dépassent Crowhurst. Ils remontent vers la Perfide Albion.

 

Lui délire de plus en plus, décide de les suivre, de mentir au monde entier, de faire croire qu’il a bien fait le tour du monde. Parti d’un petit mensonge à lui-même, Crowhurst ne sait plus comment gouverner sa vie. Les distances énormes, incommensurables, sur le globe, sont autant de gouffres qui se creusent entre ses neurones.

 

Et puis Crowhurst disparaît, quelque part dans la mer des Sargasses, des sarcasmes, dégringolé de son grand rêve fou, de faire le tour du monde à la voile, de faire, seul, le tour de soi-même.  

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