Mercredi 4 mars 2009 3 04 03 2009 19:15
Partout où on pouvait construire, on construisait, et dans la boue des terrains vagues poussaient à vue d’œil de nouveaux édifices de ciment, tissant en direction du ciel leur réseau complexe de tentacules de fer. Les immeubles commençaient à se peupler avant même que le toit ne soit achevé, avant qu’y apparaissent les premiers réservoirs d’eau et les premières antennes paraboliques qui scrutaient les étoiles. Au-dessus des ruelles, un réseau de fils, de lignes à étendre le linge constituait un vraie toile d’araignée soigneusement disposée à l’horizontale, qui retenait prisonnières les gouttelettes de pluie, les conversations téléphoniques des habitants, attrapait, pour ne plus les lâcher, les vêtements lavés à la main.
Publié dans : Moyen-Orient - Par battuta
- Voir les commentaires - Recommander
Lundi 2 mars 2009 1 02 03 2009 21:53
Le vent froid entrait de tous les côtés dans l’appartement de la rue 30, rien à y faire, il valait presque mieux être dehors et choisir un coin à l’abri que de rester assis par terre ainsi dans le salon, à se raconter des blagues, à attendre Mohamed, à se serrer les uns contre les autres en grelottant. Une pluie noire et froide qui tombait sur la ville depuis trois jours s’insinuait à travers les fentes du mur et les pores des fenêtres pour pénétrer jusqu’à nos os. Au centre de la pièce, une cafetière italienne trônait fièrement, se laissant caresser par un
bec à gaz de fortune.
Publié dans : Moyen-Orient - Par battuta
- Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 27 février 2009 5 27 02 2009 22:10
Je tournai les talons et me mis à courir.

La rue 30 n’était pas en pente mais j’eus, comme à chaque fois, l’impression de la grimper, tant il fallait se frayer un chemin, jouer des coudes, éviter les nids de poule dans le bitume, les charrettes des vendeurs ambulants, qui pliaient boutique à cette heure tardive, les enfants qui débouchaient de partout, un ballon au pied, un sac de plastique noir rempli de légumes ou une petite sœur au bout du bras. Oui, il fallait se battre dans cette rue 30, comme dans beaucoup d’autres, lutter contre le courant, les cris et les odeurs puissantes. Ma mémoire ne gardera que les regards, les yeux qui se soir-là, comme allumés par les phares des voitures, flottaient dans l’air chargé de poussière, rouges, cuivre, éclairs félins qui me transperçaient.
Publié dans : Moyen-Orient - Par battuta
- Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 18 février 2009 3 18 02 2009 13:47
Je pense à Tayyeb Salih / Mahmoud Saïd qui, depuis la fenêtre de sa maison soudanaise plonge sa main dans le basalte liquide du Nil en crue, avant de descendre son cours pour rejoindre le Caire, puis Londres, une fois venue la Saison de la migration vers le Nord.

A notre rencontre de 1998, quand il nous fit la lecture de scènes
qu'on lui reprocha d'être obscènes.

On a parfois mis en perspective la Saison de la migration vers le Nord avec
Au coeur des ténèbres
de Joseph Conrad.

L'Au secours, au-secours! du héros de Salih au moment de se noyer dans le Nil
avec l'horreur, l'horreur! de Kurtz dans le livre de Conrad.

Colonisation et aliénation. En sommes-nous sortis?

Salih n'est plus là pour nous jurer que non.
Publié dans : Portraits - Par battuta
- Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus