Poésie de Plomb


Les militaires ne me sont jamais autant antipathiques que quand ils se mettent à faire de la poésie. Je pourrais dire de même d'ailleurs des poètes quand ils font la guerre.

Mon aversion provient peut-être de ce matin d'août  sous les drapeaux où, à l'occasion de notre fête nationale, coup sur coup notre lieutenant se mit à pleurer comme une Madeleine à l'écoute du Cantique national, et notre brigadier se mit à réciter un poème de son propre cru: Le soleil se lève, sur la caserne...

Quand je vis combien de cruauté et de bêtise ces deux personnages étaient capables de démontrer par ailleurs, je compris que leur feinte ténacité n'était en fait que l'expression refoulée de coeurs tendres et mous qu'on avait essayé, depuis leur plus tendre enfance, de dresser à la discipline guerrière.

Quand j'entends le nom des opérations militaires, telle que celle qu'Israël mène à Gaza, je ne peux m'empêcher d'imaginer un comité d'officiers de cette trempe-là, se triturant l'esprit et se grattant les bourses en se demandant: mais comment donc allons-nous l'appeler, celle-là?

En l'occurrence, la mort de plus de mille habitants de Gaza fut programmée dans le cadre d'une opération baptisée "Plomb Durci", expression volée à feu le poète de langue hébraïque Haïm Nahman Bialik (1873-1934) et à une poésie écrite pour la fête juive de Hannukah, qui célèbre une "libération nationale" réalisée par les Maccabées contre les Grecs séleucides, il y a de cela...plus de deux mille ans.

En 1982, l'invasion du Liban et les massacres de Sabra et Chatila, se déroulèrent dans le cadre de l'opération "Paix en Galilée". Au moins sur ce coup-là, "Plomb Durci" donne une idée plus cohérente des réelles intentions des militaires.

Quels quatrains Mars nous sortira de son sac la prochaine fois? On en palpite d'avance!



Illustration: Battuta, In the Valley of Mars, Juillet 2008
Musique: Georges Brassens, La Guerre de 14-18, 1961.

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