Les astronautes d'Alep

Il est une fresque dans l'ancienne gare d'Alep, Syrie, tout à fait étonnante.

On lève les yeux et, comme dans l'Eglise de St-Ignace à Rome, on croit être floué par un monumental trompe l'oeil.

Le Pozzo syrien a représenté deux ou trois astronautes moustachus, et clairement identifiables comme étant syriens, se "balladant"
main dans la main parmi les étoiles et les astéroïdes.

On dirait un peu les Dupont-Dupond lorsque, à peine débarqués sur la lune, ils se mettent joyeusement à faire des bonds de sept-lieues.

Parmi toutes les "oeuvres d'art" du régime baasiste, celle-ci est la plus originale. On peine à se contenir de rire, quand on pense que, quelques mètres plus loin, les vieilles locomotives à vapeur n'en finissent pas de cracher leur dernier souffle sur de vieux rails rongés par la végétation.

Comment peuvent-ils rêver d'envoyer des gens sur la lune alors que les trains roulent à peine?

La fresque fut vraisemblablement exécutée autour de 1986, quand l'Union Soviétique avait annoncé préparer des astronautres syriens à des missions dans l'espace (voir l'article du New York Times
de l'époque).

Plus intéressant encore, la réponse du Pentagone à cette annonce: une publication annuelle, appelée "Soviet Military Power", fait état de probables "missions militaires" dans l'espace et arguait que des "astronautes soviétiques ont probablement conduit des exercices et des expérimentations militaires" dans l'espace, une supposition que des "sources officielles soviétiques démentent vigoureusement".

Je suis trop jeune pour me souvenir des querelles de la guerre froide. Mais une chose est frappante: changez les mots "Soviet" et "soviétique" par "Iran" et "iranien"; changez  les "astronautes" par de supposés "spécialistes de l'atome" iraniens, et vous découvrirez que l'histoire n'a pas beaucoup avancé en vingt ans.


N'en déplaise au régime syrien, qui dans toutes ces affaires et sur le grand échiquier géopolitique se retrouve toujours en plein milieu, avec ses vieilles locomotives, ses peintres de fresques naïves et ses astronautes sans vaisseau.
[La fresque en trompe-l'oeil d'Andrea Pozzo (1642-1709) dans l'Eglise St Ignazio, à Rome. L'idée de faire voler des gens dans l'espace n'est pas nouvelle...et servait déjà des motifs politiques. En l'occurence, le canonisé Ignace de Loyola, chantre du renouveau de l'Eglise. Pour la fresque alépine, un nouveau voyage en Syrie, à l'ère du numérique, s'impose. La promesse sera tenue: à suivre!]

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