Qu'à un fil

                        



En l’écoutant parler je fus soudain pris d’une angoisse.


Il s’exprimait tout à fait affablement au sujet de ses projets, de ce qu’il concevait pour un futur assez proche :

 

- On pourrait faire ceci, et cela, on pourrait écrire ceci, publier cela…

 

Je me laissai volontiers convaincre par ses projets, parce qu’ils étaient bien pensés et qu’ils nous propulsaient, tous, dans un futur qui verrait l’avènement d’un résultat probant.

 

Pourtant, l’angoisse me saisissait toujours plus fortement. Je revoyais soudain des centaines de visages, pratiquement semblables au sien : les balafres d’Où étais-tu ?, le visage inquiet de l’homme qui vit la mer.

 

Un pressentiment me gagnait, si fort qu’il devint conviction : cet homme qui me parle aujourd’hui, demain ne sera plus des nôtres. S’il nous parle du futur avec autant d’entrain, c’est qu’il craint de ne pas le vivre.  

 

Enfermé dans une ville assiégée, cet homme rêvait. Ses visions se faisaient d’autant plus enthousiastes que l’étau se resserrait autour de lui. Elles ne tinrent bientôt plus qu’à un fil.

 

Depuis ce matin, elles se heurtent à des barreaux.

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