Sur le méridien de Qalandia


Il vend des chewing gums au check point de Qalandia, le verrou qui sépare Ramallah d’avec l’autre côté du mur. A chaque fois je lui achète des chewing gums, et à chaque fois je me demande s’il se souvient de moi. Je ne crois pas. Ou peut-être comme de celui qui refuse toujours de lui donner une cigarette. Ou encore comme celui qui prend des photos d'enfants de derrière les vitres?

 

Qalandia, c’est un univers impossible, qui en absurdité ne le dispute qu’avec les plus improbables des mondes carcéraux. Peut-être faut-il être un enfant pour ne pas saisir toute cette absurdité. Des gaz d’échappement, des klaxons, des insultes, des immondices ça et là, une tension et une violence qui se heurtent aux barbelés et s’évanouissent au pied du mur.

 

Ce petit me fait penser à un garçon de 10 ans trouvé un jour au fond d’une prison lugubre. Il courait et sautait, apprenait l’arabe, le kurde, et par cœur tous les pays du monde dans l’atlas que nous lui avions donné.

 

Nous lui disions « Kazakhstan » !: il nous dressait la liste des pays qui l’entouraient. Nous lui disions « Equateur » !, il nous donnait le nom de la capitale. « Nil » ! les pays et les villes que le fleuve traversait.

 

A Qalandia passe un méridien, une de ces limites imaginaires créées pour diviser selon des tracés arbitraires consignés dans les atlas. Quand on passe Qalandia, on se demande s’il ne faut pas régler sa montre. Si à midi ce n’est pas toujours onze heures. Si en avril on n’est pas toujours en mars. Si à tel article du droit international on n’en est pas toujours à argumenter sur le préambule.

 

Mais pourquoi ne pas y avoir songé plus tôt ? Plutôt que cent sous et un sourire, la prochaine fois, et si je t'apportais un atlas coloré? A défaut d’escalader ce mur que tu as devant le nez, tu pourras t’envoler par-dessus.

 

Comme le font déjà quelques cerfs-volants.

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