En novembre dernier, j’ai offert un olivier au petit Elie.
D’abord parce que je me suis souvenu de deux novembres kurdes.
D’une excursion dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, pendant la saison de la cueillette des olives.
De cet olivier qui se trouvait devant ma maison, à Suleymanieh : les gardes y tenaient conseil, je venais parfois leur tenir compagnie, ou plutôt chercher leur compagnie.
Je n’avais pas encore vu les oliviers de Palestine : mais peut-être pressentais-je qu’un jour, un jour prochain, j’irai vivre sous leurs branches.
Il y aurait tant à dire, sur leur tronc, leurs torsades, leur couleur, leur odeur, leur sang, leurs airs de vieillards aux rides centenaires, leur fierté.
Elie : il paraît qu’il faut sept ans (peut-être un peu plus là où tu vis, là où la neige n’a pas encore déposé son dernier flocon) à un olivier pour donner son premier fruit.
Ici, il suffit peut-être de sept minutes à des mains dentées et à des armes vrombissantes pour les arracher à la terre et démembrer chaque jour un peu plus les vieillards qui les gardent, et les souvenirs qui font d’eux des hommes.