qaïloula [قيلولة] : éloge inquiet
La qaïloula est l’inaction requise par le passage du soleil à la méridienne.
Parée d’une splendide terminaison diminutive, la qaïloula est chérie en plein midi comme une chérie est aimée au paroxysme de la nuit : serrée dans nos bras au moment béni d’éternité où la montée du sommeil atteint le zénith.
La modernité, à force de sextants et d’astrolabes, a su déterminer avec précision le moment où la cloche de la qaïloula devait retentir. La direction de la Mecque, autant que l'heure de la qaïloula, purent être calculées avec exactitude, et tous les rituels sacrés observés pieusement.
Mais plus cet instant unique a trouvé sa place sur l’horizon des mers comme dans l’engrenage des sabliers, moins les hommes ont gardé le goût de le célébrer.
La langue arabe, désabusée, en a bien pris note. Le mot iqâla [اقالة], «limogeage/révocation», est venu se greffer sur la racine sémantique de la qaïloula.
Retentissant comme un coup de semonce dans l'océan des dormeurs pacifiques.
Comme un réveil matin dans le bureau de ceux qui s'abandonnent, toujours à la même, fatidique heure de service, aux sirènes de la qaïloula.
Les menaçant d'une mise en sieste éternelle.
Mais n'est-ce pas justement leur voeu le plus cher?