Samedi 14 mai 2011
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06:34
D’abord j’ai ressenti une sorte de peine – ces mots, ces pattes, tu n’y comprenais goutte et sur l’écran, c’était ta propre image que tu trouvais, ou
quelque autre apparition indéchiffrable.
Comme le soir d’avant, à l’avantage d’une lumière basse, tu t’étais mise en chasse d’un reflet dansant sur ton tapis volant, tu poursuivais maintenant une
chenille de mots qui s’étirait sur le miroir brillant.
Tandis que de la main droite je continuais à taper les lettres pas à pas, contre mon bras gauche tu t’agrippais, agitée à chaque nouvelle ligne,
émerveillée à chaque fois que d’un geste décidé, je pressais sur la touche entrée.
Ta mémoire, page encore vierge, lisse comme le miroir traversé, à chaque instant une autre image capture, une
nouvelle phrase retient. Tu seras assez grande, bientôt, trop tôt, pour mélanger les vers à ta guise, assembler les mots en demeures à chenilles, leur ouvrir une fenêtre pour l’envol.
Ces mots, ces pattes, je n’y comprenais déjà plus rien, et sur l’écran, c’était ma propre image que je voulais chasser, mes propres petites lèvres neuves
que je voulais, comme sur les tiennes maintenant, apposer.
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Mercredi 18 février 2009
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13:47
Je pense à Tayyeb Salih / Mahmoud Saïd qui, depuis la fenêtre de sa maison soudanaise plonge sa main dans le basalte liquide du Nil en crue, avant de descendre son
cours pour rejoindre le Caire, puis Londres, une fois venue la Saison de la migration vers le Nord.
A notre rencontre de 1998, quand il nous fit la lecture de scènes
qu'on lui reprocha d'être obscènes.
On a parfois mis en perspective la Saison de la migration vers le Nord avec
Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad.
L'Au secours, au-secours! du héros de Salih au moment de se noyer dans le Nil
avec l'horreur, l'horreur! de Kurtz dans le livre de Conrad.
Colonisation et aliénation. En sommes-nous sortis?
Salih n'est plus là pour nous jurer que non.
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Dimanche 16 novembre 2008
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18:13
Très chouette série "Ensemble?" sur le blog courirlesrues qui présente des photos avec, à chaque fois, deux personnes ou figures capturées dans un moment insolite. Curieusement, ça
m'a ramené à cet automne d'il y a un an, à ces quelques couples croisés à Paris, puis à d'autres rencontrés en voyage.
Petit flash-back en images ici.
Soupir.
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Mardi 4 novembre 2008
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23:28
"She was savage and suberp, wild-eyed and magnificent; there was something ominous and stately in her deliberate progress. And in the hush that had fallen suddenly
upon the whole sorrowful land, the immense wilderness, the colossal body of the fecund and mysterious life seemed to look at her, pensive, as though it had been looking at the image of its own
tenebrous and passionate soul.
[...] Her face had a tragic and fierce aspect of wild sorrow and of dumb pain mingled with the fear of some struggling, half-shaped resolve. She stood looking at us without a stir, and like the
wilderness itself, with an air of brooding over an inscrutable purpose [...]. She looked at us all as if her life had depended upon the unswering steadiness of her glance."
From: Joseph Conrad, Heart of Darkness, Penguin Books, 1995, p. 99.
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