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  • : 05/02/2008

Moyen-Orient

Mercredi 4 mars 2009
Partout où on pouvait construire, on construisait, et dans la boue des terrains vagues poussaient à vue d’œil de nouveaux édifices de ciment, tissant en direction du ciel leur réseau complexe de tentacules de fer. Les immeubles commençaient à se peupler avant même que le toit ne soit achevé, avant qu’y apparaissent les premiers réservoirs d’eau et les premières antennes paraboliques qui scrutaient les étoiles. Au-dessus des ruelles, un réseau de fils, de lignes à étendre le linge constituait un vraie toile d’araignée soigneusement disposée à l’horizontale, qui retenait prisonnières les gouttelettes de pluie, les conversations téléphoniques des habitants, attrapait, pour ne plus les lâcher, les vêtements lavés à la main.
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Lundi 2 mars 2009
Le vent froid entrait de tous les côtés dans l’appartement de la rue 30, rien à y faire, il valait presque mieux être dehors et choisir un coin à l’abri que de rester assis par terre ainsi dans le salon, à se raconter des blagues, à attendre Mohamed, à se serrer les uns contre les autres en grelottant. Une pluie noire et froide qui tombait sur la ville depuis trois jours s’insinuait à travers les fentes du mur et les pores des fenêtres pour pénétrer jusqu’à nos os. Au centre de la pièce, une cafetière italienne trônait fièrement, se laissant caresser par un
bec à gaz de fortune.
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Vendredi 27 février 2009
Je tournai les talons et me mis à courir.

La rue 30 n’était pas en pente mais j’eus, comme à chaque fois, l’impression de la grimper, tant il fallait se frayer un chemin, jouer des coudes, éviter les nids de poule dans le bitume, les charrettes des vendeurs ambulants, qui pliaient boutique à cette heure tardive, les enfants qui débouchaient de partout, un ballon au pied, un sac de plastique noir rempli de légumes ou une petite sœur au bout du bras. Oui, il fallait se battre dans cette rue 30, comme dans beaucoup d’autres, lutter contre le courant, les cris et les odeurs puissantes. Ma mémoire ne gardera que les regards, les yeux qui se soir-là, comme allumés par les phares des voitures, flottaient dans l’air chargé de poussière, rouges, cuivre, éclairs félins qui me transperçaient.
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Samedi 24 janvier 2009
Après des années de voyage, et des mois d'écriture, Battuta conclut son périple.

Le monde est peuplé de monstres, dicte-t-il à son scribe, je les ai vus, je les ai chassés, il m'ont pourchassé, j'ai continué à marcher, continuerai.

Tous deux cheminent sous les palmiers, dans la lumière du soir.

- Pourquoi renonces-tu à écrire?, lui demande le scribe.

- Mes pas sont autant de mots qui se lient entre eux. Quand je m'arrête de marcher, c'est qu'une phrase est finie. Je dois réfléchir à comment commencer la suivante. Cela prendra du temps, et se fera sans toi. 

 

Le fidèle scribe n'en revient pas. D'un oeil triste il regarde cette main qui se sépare de l’autre pour diriger un orchestre de paroles assemblées dans l'air, ou pour saluer un ancien. Qui, descendant d'un front inquiet et glissant sur le coeur essoufflé, rejoint finalement l’autre, apposée sur le rein gauche, la paume offerte à d’autres vents.


Au moment où la dernière mèche de soleil passe par le peigne des palmes, tous deux s'embrassent et se promettent

 

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