Amiralay, oeufs d'autruche et dévotion

Publié le par battuta

Vu aussi hier soir à Ramallah un second, excellent documentaire d’Omar Amiralay, Les Poules (1977), critique acerbe des méthodes de modernisation de l’Etat socialiste syrien.

 

Dans la ville de Sadad, la sécheresse et l’exode rural détruisent les modes de culture traditionnels et le travail des tisserands devient pénélopesque. Pendant une courte période, c’est le boom dans l’élevage des volailles. Tout le monde se lance dans cette nouvelle industrie prometteuse mais qui bientôt s’effondre elle aussi.

 

Chacun dans la ville a son mot à dire sur les volailles, y compris les autorités religieuses orthodoxes qui évoquent une bien curieuse tradition : celle des œufs d’autruche pendant du plafond des églises.

 

La tradition remonterait à l’Egypte ancienne. Fascinés par la concentration avec laquelle, au moment de pondre son œuf, l’autruche fixe un point précis sur le sol sans le quitter du regard, les anciens auraient décidé de se saisir de ces œufs et de les pendre au plafond des lieux de culte. Ainsi, attirés par la vision de ces œufs, les ouailles maintiendraient leur regard dévot dirigé vers la voûte, souvent peinte ou recouverte d’icônes de saints, et vers Dieu.  

 

Cette pratique a été reprise par l’Eglise copte d’Egypte, puis transmise à l’islam (on trouverait encore des œufs d’autruche dans les mosquées du Caire), puis à l’Eglise chrétienne d’Orient et enfin à celle d’Occident au Moyen-Âge.

 

Je trouve ainsi une réponse à une vieille interrogation restée sans réponse satisfaisante depuis un certain été de 1991 à San Sepolcro en Toscane, face à une peinture de Piero della Francesca.



Illustration: Piero della Francesca, Pala di Brera, 1470 (Pinacoteca di Brera, Milano, Italia)

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Bascal 25/11/2008 11:51

Je me suis posé la question de la coquille aussi, même si l’origine est plus connue : symbole de Saint Jacques de Compostelle, dont elle prendra le nom et que les pélerins ramènent cousue sur leur manteau, d’abord comme simple souvenir des plages espagnoles, ensuite comme signe de leur dévotion – mais elle était déjà riche de sens dans l’Antiquité, liée comme l’œuf aux mythes de l’origine, symbole de conception et de fécondité, attribut de Vénus (cf Boticelli). Egalement semble-t-il image de la tombe chez les chrétiens, barque des baptèmes (et donc bénitier par la suite), ou barque des défunts pour leur traversée de « l’eau-delà », guidés par Charon vers l’Ile des Morts de Böcklin (1880), à la rencontre de Boris Karloff dans le film éponyme de Marc Robson (1945) que je t’invite à voir un de ces soirs à la maison en mangeant des moules-frites.

battuta 25/11/2008 12:31


Dans le contexte peinture-renaissance j'aime bien le parallèle entre Vénus et la Vierge Marie, la coquille retournée pouvant signifier: fécondité, oui, érotisme, non, alors que la coquille ouverte
sur laquelle Boticelli fait naviguer sa Vénus pourrait bien vouloir dire exactement l'inverse...entre coquille et coquine il n'y a d'ailleurs qu'une faible variation. Pour moules-frites et films
toujours partant (pas que les gens pensent qu'à Ramallah on vit dans la précarité, surtout!)


Bascal 21/11/2008 13:50

Très bel article. Mais j'ai eu du mal à le lire, les yeux aimantés par le petit ovale blanc..