Il était charpentier

Publié le par battuta


Devant l’Eglise du Saint-Sépulcre, ce vendredi après-midi, il était peu avant quinze heures mais c’était un pur hasard.

 

Il y avait là tant de casquettes agitées en l’air, de guides rejouant la descente de la croix en deux temps, trois mouvements, de pieuses babouchkas suivies de légères marie-madrilènes, sans parler des soldats lanceurs de javelots et distillateurs de vinaigre, que la jeune brebis égarée assise à côté de moi, relevant son nez pudique de l’Evangile selon St Matthieu soigneusement ouverte devant un ravissant décolleté, dit à son amie :

 

- Oh Gott ! Il y a une telle différence entre ce qu’on lit et ce qu’on voit !

 

Un flot de pantalons taille-basse avec fenêtre sur cour, de combinaisons paramilitaires version camel trophy et de burkas à la Sœur Thérésa en crok fluos s’engouffrait dans l’orifice sépulcral dont émanait une huileuse écume de bave, encens et déodorant Axe collant à la peau comme une cire de cierge à 5 shekels.

 

Peu remarquèrent que, suffocant, il sortit presque en courant en sens inverse, portant sur son épaule aguerrie et rembourrée ses planches de charpentier.

 

Je me demandai comment je n’eus jamais pu voir en la via dolorosa, au fond, qu’une ultime, pénible certes, mais déjà maintes fois éprouvée, montée à l’échafaud.

Publié dans Moyen-Orient

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christiane 20/10/2008 10:27

Voilà un regard d'une saisissante beauté et quelle interrogation !