Singapour, je me dis: il ne faut pas absolument ecrire, d'autant plus que le clavier n'a pas d'accents.
Pourtant j'aimerais dire cet air de "Blue Moon" vaguement jazzy qui passe dans les immenses couloirs de l'aeroport, comme j'aimerais dire les gens qui passent et repassent, le pas amorti
par une moquette profonde, et ce nageur qui glisse sur l'eau de la piscine, aller, retour, sur fond cette fois, d'avions qui decollent et de reacteurs qui vrombissent.
Le 747 de la Saudi Arabian est accoste a une des amarres en trompe de Mummenschantz. J'observe un bien etrange ballet de jeunes femmes indonesiennes, toutes minuscules, toutes voilees, qui, a peine
sorties de l'avion, y entrent a nouveau. Une histoire de visa? Doivent-elles sortir d'Arabie Saoudite toutes les x fois et y rentrer a nouveau, faute de carte de sejour permanente?
La colonne qu'elles forment me rappelle cette queue de sri-lankais et d'indiens que je depassai un jour a l'aeroport de Riyadh, puis quelques mois plus tard, a celui de Baghdad. Esclaves de deux
pays, l'Arabie et l'Amerique, aux valeurs pourtant si differentes.
A peine voile par un "Blue Moon" jazzy leur silence et leur calme m'impressionnent, comme alors. Soumission ou dignite, je ne saurai trancher.
Et de toute maniere mon 747 part dans vingt minutes.