Les Chuard

Publié le par battuta

Je referme le livre et regarde par la fenêtre du train. Dans le wagon pourtant plein règne un silence absolu. Sur une banquise de fer et de basalte, au cœur d’un paysage harmonieux, glisse le train. Dans ma besace je range le « Projet de paix perpétuelle » de Kant. Il est des livres qui ont décidément mal vieilli.   

 

La lecture du journal vient ébranler cette conviction. On y parle de la destinée des Chuard, une famille de paysans-vignerons de la région.

 

Les Chuard sont de plus en plus « cernés » par le béton. Leur domaine est désormais « encerclé » par une zone de villas. La construction de l’autoroute a « mordu sur les terres». Pour mener les bêtes aux champs voisins, il faut parfois « traverser le giratoire ». En deux mots, dit l’article, « l’étau se resserre » autour de leurs huitante têtes de troupeau.

 

« Que faire ? Déprimer ? », demande le journaliste. La réponse est plutôt dans l’exode : les Chuard feront désormais paître leurs vaches en France voisine. « J’ai grandi dans ce milieu et maintenant, je n’ai qu’une envie : partir ! », dit l’un d’eux.

 

Avec les rangées de villas qui encerclent le domaine des Chuard, l’autoroute qui coupe leurs terres en deux, d’autres images me sont venues à l’esprit. Je me suis demandé combien de paysans palestiniens partageraient avec Monsieur Chuard la même philosophie kantienne. Combien verraient dans la marche inéluctable du bulldozer un pas de plus vers la paix perpétuelle. 

Combien arriveraient en bout de course au même haussement d'épaules et à la même conclusion résignée:

 

« C’est comme ça, c’est la faute à personne ».

Publié dans Suisse

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El Gharbi 08/09/2008 12:57

Mon cher ami,
Figurez-vous que le timbre Darwich a été imprimé à Tunis. Si vous ne l'avez pas trouvé dans le tabac du coin, ne vous tracassez pas pour si peu mon cher ami.

El gharbi 03/09/2008 18:53

Belle superposition de trois réalités.