Une Algérie éclatée

Publié le par battuta

A la cinémathèque de Jérusalem passait cet après-midi Algérie, histoires à ne pas dire de Jean-Pierre Lledo (2007). Retour sur la Guerre d'Algérie à travers quelques uns de ses "acteurs" algériens.

Le film est long, on taillerait bien dedans à coups de curseur à Final Cut. Est-ce la raison pour laquelle il a été
interdit en Algérie? On baisserait volontiers le volume aussi, quand l'orgue arrache nos tympans et ceux de Notre Dame d'Afrique lors d'une messe en mémoire des moines de Tibérine.

Pourtant, on reste scotché à regarder tout ce qui se passe sur et devant l'écran. Que signifient pour le public israélien les mots "colonisation", "indépendance"? Que pensent les spectateurs quand Louisette Ighilahritz, torturée par les Français, déclare que les attentats à la bombe sont la seule arme des résistants?

Jean-Pierre Lledo lui pose la question: comment peut-on commettre de tels attentats? Il élude cependant complètement ce qui est évoqué comme justification partielle: les exactions commises par l'armée française à l'époque.

Parmi les "acteurs", on sent que l'histoire bouillonne, remonte jusque sous le couvercle et tout n'est plus que question de qualité de la soupape. Qui a fait le coup? Je ne peux pas vous dire. Tuer des civils? C'était les ordres. De qui? Haussement d'épaules. Mais c'était un...comment ils disent? un génocide.

Viennent les pleurs ou les silences pesants. L'impression que nul n'a encore compris ce qui s'est vraiment passé, et que les jeunes gens, comme le dramaturge Kheireddine, sont absolument démunis quand il s'agit de le savoir.

Ceux qui sont restés jusqu'à la fin on regardé le vieil oranais "Tchitchi" et sa bande de copains, sur un promontoire dominant Oran et la mer, chanter de vieux chants espagnols. Besame, besame mucho, toujours au bord du précipice, et pas encore en paix avec eux-mêmes.

Publié dans Moyen-Orient

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