Les cerfs-volants

Publié le par battuta

Le vent faiblit rarement et au soir les cerfs-volants s'élèvent dans le ciel.

Il y a une semaine, j'en parlai avec un marchand de fruits de Ramallah:

   - J’ai vu que beaucoup d’enfants, dans le quartier, fabriquent et jouent avec des cerfs-volants. C’est chaque année la même chose ?


Je m'attendais à un sourire de sa part, car ma question était  plutôt enthousiaste. Au lieu de cela, j'eus l'impression qu'il se sentit sur la défensive:

 - C’est comme ça, vous savez, nous n’avons pas de mer, pas d’endroit où ils peuvent jouer. quand ils sortent de l’école ils n’ont rien à faire, nulle par où aller. Se rendre à Naplouse ou à la mer morte nous prend trois heures, et encore, si tout se passe bien. La plupart du temps, ils nous arrêtent aux checkpoints et nous attendons pendant des lustres, pour rien.


Je me demandais justement si les cerfs-volants…

... si les cerfs-volants n'était pas le meilleur moyen de s'évader, d'établir un lien ténu entre un terrain vague, une rue, le toit plat d'une maison, et l'espace infini...

... si les cerfs-volants, avec l'impression de grandir, de s'envoler, ne donnaient pas également celle de se libérer...

... si les cerfs-volants ne procuraient pas à leurs petits maîtres la sensation de voler au-dessus des murs,  des wadis et des plaines, comme un doigt glisse sur les pages d'un
atlas...

...si les cerfs-volants ne me rappelaient pas à un temps où tout n'était (en paraphrasant René Char) que filaments d'ailes et tentation de voler, vertige entre lumière et transparence...

Publié dans Moyen-Orient

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