Les patronymes irakiens réservent parfois des surprises. J’ai rencontré plusieurs personnes qui s’appelaient
zbaleh [poubelle], afrit [démon], sharmouta [pute], ou pire encore.
Quand ils sont trop beaux, on donne aux nouveaux-nés ces noms dépréciatifs pour éviter le mauvais œil et les jalousies. Beau peut-être, mais quel sale nom !
Et puis un jour, j’ai rencontré Wein Chunt ?
Je lui ai dit : comment t’appelles-tu ?
Il m’a répondu en arabe irakien : Wein Chunt ?
Où étais-tu ?, c’était son nom.
Dernier d’une famille de sept enfants, il vint au monde après une série désespérante de six filles. Quand son
père l’entendit pour la première fois crier, au milieu des you-yous des femmes, il comprit que ses peines étaient enfin arrivées à leur terme.
Il s’approcha du couffin, incrédule, retenant son souffle. Et quand il se pencha et découvrit son fils,
enfin ! un fils, plus de doute ! il s’enquit :
Où étais-tu?ntirakiens réservent parfois des surprises. Lors de mon séjour en Irak,
entre 2004 et 2005, j’ai rencontré plusieurs personnes qui s’appelaient zbaleh [poubelle], afrit [démon], ou pire encore. Quand ils sont trop beaux, on donne aux nouveaux-nés ces noms dépréciatifs
pour éviter le mauvais œil et les jalousies. Beau peut-être, mais quel sale nom !
Et puis un jour, j’ai rencontré Wein Chunt ?
Je lui ai dit : comment t’appelles-tu ?
Il m’a répondu en arabe irakien : Wein Chunt ?
Où étais-tu ?, c’était son nom.
Dernier d’une famille de sept enfants, il vint au monde après une série désespérante de six filles.
Quand son père l’entendit pour la première fois crier, au milieu des you-yous des femmes, il comprit que ses peines étaient enfin arrivées à leur terme.
Il s’approcha du couffin, incrédule, retenant son souffle. Et quand il se pencha et découvrit son
fils, enfin ! un fils, plus de doute ! il s’enquit :
Où étais-tu?
Question qu'on lui poserait, et qu'il traînerait désormais tout au long de sa vie.