Mercredi 20 février 2008

Il paraît que le keffieh “made in Palestine” est en train de disparaître. Tout fout le camp. Coupable : l’industrie textile chinoise. C’est elle qui se cacherait derrière la crise économique des tisserands palestiniens. Israël n’est pas à blâmer pour tout.

 
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D’aucuns remarqueront que la kalachnikov non plus n’était pas un produit local. Et pourtant elle était aussi un symbole de la résistance palestinienne.

Mais à l’inverse du keffieh, et hormis une certaine militarisation de la mode féminine (vous aimez ça vous, les filles en combinaison de camoufllage?), on n’a pas encore vu Victoria Beckham défiler nue la kalachnikov en bandoulière.  

 
Ghassan Kanafani, encore lui, avait flairé le coup dans les années 1970 déjà : la cause
palestinienne deviendra une matière commerciale. Dans son texte « Retour à Haifa », il décrit comment, alors déjà, les camps de réfugiés au Liban étaient en passe de se transformer en parcs d’attraction pour touristes.

Quand les Palestiniens parlent de leur situation d’enfermement derrière le Lamentable Mur, ils utilisent souvent deux comparaisons : la prison, et la réserve d’aborigènes que les gens du monde entier viennent photographier.

Je me demande si, derrière l’effondrement de la production locale de keffieh, il n’y a pas justement l’expression d’un dégoût de la société palestinienne vis-à-vis de ceux qui ont fait de leur fichu fichu un objet fashion et trendy.


Fieffé keffieh : même dans l’absence, toujours symbole de résistance !

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par Hajj Nicolas publié dans : Moyen-Orient
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Mardi 19 février 2008

Un peuple longtemps sous la férule d’une puissance occupante qui lui impose ses lois, sa culture et sa langue ; un territoire disputé ; un clivage religieux jamais tout à fait tari ; un nouvel Etat en passe de naître : Kosovo, Palestine ? Non pardi, Jura !

 

Il y a quelques décennies on s’arrachait les cheveux et se tirait dans les pattes entre Suisses. Un conflit profond et sérieux, qui touchait le fondement même de la cohabitation des peuples au sein de la Confédération a, en 1979, abouti à l’entrée en souveraineté du Canton du Jura.

 

La Question Jurassienne n’étant pas encore résolue et demeurant source de conflit, l’Assemblée Interjurassienne (AIJ) vient de proposer une solution « courageuse », « audacieuse », visant à la création d’un nouveau Canton moderne, dynamique, et ouvert vers l’extérieur, permettant le vote des étrangers au niveau cantonal et la fusion de plusieurs communes pour n’en former plus que six.

 

On n’en est pas encore là mais, ayant lu des articles enthousiastes sur cette nouvelle idée et connaissant quelques jurassiens clairvoyants, je ne peux que me réjouir pour ce que je crois être une des initiatives les plus innovantes qui ait vu le jour en Suisse ces dernières années.

 

Au vu de ces modifications territoriales, de ces nouveaux drapeaux en passe de se hisser au Jura comme au Kosovo, je ne peux m’empêcher évidemment de penser aux Palestiniens, à des milliers d’années-lumière d’une solution à leur question.

 

Pourtant, le pays est petit lui aussi. De Ramallah on voit Tel Aviv et la Méditerranée d’un côté, la vallée du Jourdain et la Mer Morte de l’autre.

Un peu comme on voit les Alpes et le lac de Neuchâtel d’un côté, la vallée du Doubs et les portes de la France de l’autre depuis le sommet de Chasseral.
 
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par Hajj Nicolas publié dans : Suisse
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Samedi 16 février 2008

Je suis allé voir une pièce ce soir au théâtre Kassaba de Ramallah : le collier d’Hélène, de l’écrivain québécoise Carole Fréchette.

 

Hélène égare son collier puis s’égare elle-même dans les rues d’une ville arabe. Courageuse et un peu naïve, elle se lance à la recherche de son collier.

 

Elle rencontre le contremaître. Moi, j’ai perdu ma maison, lui dit-il.

 

Elle rencontre une mère. Moi, j’ai perdu mon enfant, lui dit-elle.

 

Au tour du paysan : ma terre.

 

Et le marchand ? Je t’en vends un nouveau, une belle pièce pour un bon prix !



C'est un chauffeur de taxi qui la conduit d'une rencontre à l'autre. Y
allah ! On y va !

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Un beau jeu de miroirs la renvoie finalement à sa propre identité.



Est-ce vraiment ton collier que tu cherches, Hélène, ou quelqu’un d’autre ?


Toi-même?

 

Hélène (mais était-ce l’actrice ou le personnage, me demandai-je) pleurait pour de bon sur scène.

 

Après la pièce, je crois qu'elle est repartie avec le chauffeur de taxi.  

P.S. En rapport à mon texte précédent : dans beaucoup de cas, la course en voiture a remplacé la marche, mais le principe est le même.

par Hajj Nicolas publié dans : Moyen-Orient
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Vendredi 15 février 2008


Il est, dans la littérature et la poésie portant sur la Palestine, un personnage étrange.

 

Ce personnage a plusieurs visages : il est tantôt un homme, tantôt une femme, mais c’est au fond, un seul et même individu.

 

Ce qui le caractérise ? Il/elle marche, sans arrêt.

 

C’est Oum Saad, personnage émouvant, créé par Ghassan Kanafani, écrivain palestinien. Oum Saad (« mère de Saad ») est une femme courageuse. On la voit apparaître un beau matin comme le soleil au bout d’un chemin bordé d’oliviers, et disparaître la nuit lorsqu’elle va ravitailler dans la montagne les feddayin avec du pain, des œufs et du fromage.

 

C’est le lieutenant Moubarak, que Jean Genet nous décrit ainsi:
 

"Encore à Salt, un soir cette fois, j'eus la surprise de voir le monde coupé en deux. Il m'apparut sous la forme d'une personne à l'instant qu'on le coupe en deux moitiés, cet instant, qui paraît court quand le tranchant du couteau est bien affûté, cette fois fut long, car le lieutenant Moubarak marchait devant moi au soleil couchant; ainsi était le couteau partageant le monde en deux; sa gauche la lumière puisqu'il allait du sud au nord, l'autre sa droite. Du ciel, le soleil étant descendu derrière les montagnes jordaniennes, les lueurs rouges et roses, traces encore visibles du coucher, éclairaient le profil gauche du lieutenant, visage et corps, cependant que le droit était déjà dans l'ombre et il me semblait que cette ligne sombre, en se propageant, assombrissait les paysages - donc le désert - de l'Est." (Un captif amoureux, Gallimard, Collection Folio, p. 543)

 

 

C'est Youssef, héros du grand roman du libanais Elias Khoury, La Porte du Soleil, qui va et vient entre le Liban où il est réfugié, et la Palestine où il trouve sa belle Nahila dans une grotte qui leur appartient, "seul endroit de Palestine qui ne soit pas occupé", dit-elle.

C'est aussi ce personnage créé par Marcel Khalifé, chanteur et poète libanais:

Le dos redressé, je marche;
La tête haute, je marche.
Avec dans ma paume une branche d'olivier,
Et sur mon épaule mon linceul,
Je marche, je marche, je marche
...

Ce que ce personnage aux multiples visages représente, je ne saurais trop dire. Mais il y a dans ce mouvement perpétuel quelque chose qui rappelle les grandes migrations du passé: celle qui mena le peuple de Mahomet de l'Arabie heureuse à toute la Méditerranée, mais aussi celle qui conduit le peuple d'Abraham d'Ur à Jérusalem.

La marche, c'est ce que les deux peuples ont de plus fort en commun. Les ennuis commencent peut-être là où elle s'arrête, où les terres et les personnes se divisent en deux moitiés.



par Hajj Nicolas publié dans : Moyen-Orient
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