Mardi 4 novembre 2008

Sa vie durant, l'homme-clé s'était engagé pour que le Gleimtunnel soit pourvu d'éclairage.

Il y a fort longtemps, on lui avait assigné la tâche de recenser les personnes qui passaient chaque jour dans le tunnel. Scrupuleusement, pendant des années, il avait compté les ombres qui transitaient par là: médecins détenteurs d'autorisations spéciales, membres de familles séparées, espions.

Et puis, il y avait cette silhouette de femme. Ce parfum. Ces talons martelant le sol du Gleimtunnel. Il ne put la voir, caché qu'il était dans un coin obscur du tunnel. Mais les ondes provoquées par les pas de cette femme remplissaient les cavités sombres de son coeur.

L'homme-clé se refusa de la comptabiliser dans ses statistiques de surveillance. Ainsi, à la fin de chaque semaine, il remettait à l'Autorité des listes remplies de dizaines de bâtonnets inscrits dans le noir, des dizaines de coches - moins une.

Quand le comité de soutien pour l'éclairage du Gleimtunnel obtint enfin gain de cause, l'histoire avait changé. Celle qu'il avait sciemment "ignorée" pendant de longues années, lui apparut pour la première fois sous le tungstène magenta d'un soir de novembre. Son visage et ses longs cheveux, combien de fois les avait-ils imaginés, dessinés dans le noir, dans ses moments de solitude?

Désormais, l'homme-clé traverse tous les jours le Gleimtunnel en poussant leur petit Günther, jusqu'au Kindergarten situé de l'autre côté.


[Inspiré d'une nouvelle d'Heinrich Böll, Die ungezählte Geliebte].
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Mardi 4 novembre 2008


Sous l'oeil de Frau Maria, sur la Schönhauser Allee, les deux portraits-robot, celui du Charpentier et celui de Joseph, tous deux en fuite, se sont trouvés réunifiés et balancés là, icônes servies au regard de tous, comme s'il s'agissait de malapris ou de vulgaires Barabas qu'on n'échangerait même pas pour des voleurs de poules, ou dont Andy Warhol lui-même se demanderait s'il trouverait au fond de lui la générosité et l'humanité nécessaires pour les planquer dans son loft à célébrités, entre le boeuf et l'âne gris...
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Mardi 4 novembre 2008

A deux pas de là, Beuys, dans l'ancienne Hamburger Bahnhof. Dans le hall de la gare rénové et transformé en Musée-Sépulcre für Gegenwart, on ne parlait que de Lui, ne voyait que Lui. L'exposition nous enjoignait à  réfléchir au culte que nous vouons à certaines personnalités.

Nous en sommes ressortis à ce point matraqués par la figure de Beuys que nous avons bien cru, sur la place de l'ancienne gare, apercevoir son fantôme se faire la malle incognito...

- Hey, Joseph, non, ne pars pas! Pourquoi nous as-tu abandonnés?


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Lundi 3 novembre 2008

Non loin de là, devant la moderne, gigantesque Hauptbahnhof de Berlin, j’aurais eu bien de la peine à démonter tous les panzer-clichés entretenus par certains détracteurs de l’Allemagne.

 

Et pourtant, ce n’a pas été faute de le faire pendant des lustres en échafaudant beaucoup d’arguments cueillis, par exemple, sur la dentelle ciselée des personnages de Hans Fallada, auteur, dans l'entre-deux Guerres, d'une saga berlinoise appelée Kleiner Mann, was nun?

 

Mais quand, débarqué dans cette énorme Grosse Bertha de verre, c’est Bombardier qui me souhaita la bienvenue à Berlin, j’ai demandé au petit homme qui me faisait de compagnon de voyage:

 

- Pardon Monsieur, la Berlin alternative, combien de divisions ?

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