Dimanche 16 mars 2008

Il se trouva un santûr, et c’était déjà surprenant. Mais qu’il se trouva quelqu’un pour en jouer, et quelqu’un pour l’accompagner en chanson, tint du miracle.

 

C’est au fond d’une boutique d’antiquaire que l’extraordinaire conjonction eut lieu. Sur une table basse était installée Sa Majesté le santûr. Vieille cithare persane aux cent cordes, lointain ancêtre du piano.

 undefined

L’antiquaire frappait sur les cordes avec deux baguettes.

Je pensai à celles utilisées
par les juifs pour tourner les pages de la Torah.

Il y avait bien, dans le jeu de l’antiquaire, quelque chose de rituel, et du santûr iranien s’élevait en bouffées d’encens la musique.

 

En face de l’antiquaire, la jeune chanteuse. Elle improvisait en hébreu sur des mélodies persanes, alambiquant sur des quarts de ton les paroles. Ou étaient-ce les tons qui se mettaient en quatre pour mieux épouser les modulations de la voix ?

 

Le spectacle improvisé aurait pu ne durer qu’un bon quart d’heure, celui qui précéda le coucher du soleil au large de Tel Aviv, et mon retour vers Ramallah.

 

Mais la chanteuse et l’antiquaire continuèrent à jouer et chanter jusqu’au petit matin, autour du vieux santûr, Torah persane._bug_fck
publié dans : Moyen-Orient communauté : Photographies
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Mercredi 12 mars 2008

L’agence de voyages de Ramallah est recouverte de cartes géographiques. Jérusalem est en plein milieu des mappemondes, comme elle l’était sur les cartes délirantes du moyen-âge.

 

Je viens changer mon billet de retour en Suisse.

 

- La Suisse, aaah la Suisse ! J’y suis allé plusieurs fois, s’exclame l’agent. Il me décrit, enthousiaste, les promenades sur la rade de Genève, et le voyage jusqu’à Interlaken. Il me décrit la route avec une précision extrême, digne de Kümmerly & Frey.

 

Comme je vole avec la compagnie israélienne, impossible d’effectuer le changement à Ramallah. Toutes les données sont pourtant dans l’ordinateur, mais impossible de les remanier.

 

- Il faut te rendre chez El Al à Jérusalem, me dit-il. Ouest, bien sûr.

 

- Jérusalem, je peux y aller, pas de problème.

 

Je sors un bout de papier et lui demande de me dessiner un plan pour arriver à l'agence El Al. Il me regarde perplexe et presque gêné :

 

- Désolé, impossible de te dessiner un plan. Voilà des années que je ne peux plus aller à Jérusalem. Je ne me souviens même plus à quoi elle ressemble.

 

Aujourd’hui encore, il demeure plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille... qu’à un agent de voyages d’entrer au paradis.

undefined

publié dans : Moyen-Orient
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mardi 11 mars 2008
undefined
Ramallah hier soir, vers 18 heures, il y  avait là un croisement. Les voitures surgissaient au bout de la route. Leurs feux déchiraient le voile blanc du brouillard, à la manière d'une chandelle placée sous une feuille de papier.

La flamme perça la feuille. Elle laissa, en son centre, un trou noir en forme de serrure.

L'homme-clé s'y enfila parfaitement.
bug_fck
publié dans : Moyen-Orient communauté : Photographies
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Samedi 8 mars 2008
undefined
On se demande quel est le but : partir pour partir, ou se rendre vraiment quelque part.

 

Combien de fois en Syrie j’ai failli me laisser embarquer dans un minibus, un « service » comme on les appelle ici, sans savoir exactement où celui-ci allait me conduire. Tout semblait possible : la panne sèche après cinquante mètres, ou le tour du monde en quatre-vingts jours.

 

A Ramallah aujourd’hui, j’ai retrouvé exactement la même ambiance que dans les « karâj » (garages) syriens. La gare routière est le prolongement du marché. On y vend des tranches de voyage. Même si les prix sont fixes, tout le reste se négocie : la place de devant, celle de derrière, la possibilité de sortir à un certain endroit, celle de placer les commissions à côté du chauffeur…et même de payer au moment choisi.

 

J’ai retrouvé le sentiment que ce n’est pas tant la fin, la destination qui compte, que le moyen d’y arriver. La concurrence fait rage entre qui possède un service flambant neuf, aux sièges encore emballés du plastique de livraison, et qui conduit le service le mieux décoré de bondieuseries de massepain, d’amulettes dégoulinantes, de lampes multicolores et clignotantes. Combien de fois ai-je payé pour admirer les voûtes baroques des services, avant de m’apercevoir que je me dirigeais vers une direction absurde !

 

Abdellatif est venu s’asseoir à côté de moi alors que j’observais le ballet incessant des services jaunes qui partaient ou arrivaient à une cadence infernale. Bouchon irrémédiable à l’entrée du garage, puisque c’est aussi la sortie. Des familles entières qui cherchaient, ou attendaient leur service : pour Naplouse, Jéricho, Bethlehem. Départ quand le service est plein, toujours d’un emplacement différent. Temps pour un brin de causette avec Abdellatif, au milieu de cette confusion :

 

- Je viens d’un village non loin de Jéricho. La moitié du village habite en Amérique. Ils reviennent souvent, construisent une maison, et puis repartent.

 

- Et toi, tu es déjà allé en Amérique ?

 

- Moi non. Je suis trop vieux désormais. Et comment veux-tu que j’y aille ? En service ?


En service.

publié dans : Moyen-Orient
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus