Samedi 5 avril 2008

A quelques kilomètres et quelques heures de là, sur le front de mer.


J'avais vu des gens se parler avec des haut-parleurs
A travers une frontière infranchissable.
J'avais suivi avec une joie indéfinissable,
Le vol des pigeons voyageurs.
Je n'avais jamais pensé à une partie de tennis des sables,
Avec un mur comme filet, et de part et d'autre les joueurs.
par Hajj publié dans : Moyen-Orient communauté : La poésie qui chante
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Jeudi 3 avril 2008

Naplouse, point de contrôle, hier.
Deux heures d'attente, et celle de la prière.
par Hajj communauté : Photographies
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Mardi 1 avril 2008
Le resto occupe le premier étage d'une bâtisse ottomane comme il y en a quelques unes à Ramallah. Sorte de blockhaus de garnison où, avec le passage du temps, la vie s'est fait une place: fils électriques, téléphoniques, fils à étendre le linge percent les murs, serpentent sur la pierre et bourgeonnent en plein air: champignons satellites, fleurs de lingerie fine et colorée, s'exposent au soleil.

Dedans, il fait tout de suite plus froid. L'espace est grand, impossible à chauffer quand le vent s'infiltre. Les plafonds sont hauts, le cliquetis d'une cuillère qui tourne dans un verre de thé résonne dans la grand salle; A., le tenancier, s'installe à ma table et nous récrivons l'histoire du blockhaus ottoman.


Il me montre une photo, la
photo du rond-point de Manara, centre de Ramallah: ce sont les années 30 je crois, il y a là une voiture, une, et quelques silhouettes éparses qui semblent tourner en sens inverse.

- En ce temps là, me dit A., il y avait plus de solidarité entre nous.

- Que veux-tu dire?

- Oui, du temps de ma grand-mère, on partageait tout. Quand il n'y avait pas assez à manger pour nous tous, elle disait toujours:

 

 

لكمة هنية بتكفي مئاة!

 

Une bonne petite bouchée
  Nourrit cent affamés!


- Aujourd'hui, poursuit A., nous sommes devenus individualistes. Chacun suit ses propres intérêts, il n'y a plus de solidarité, plus de sens commun.

Après quelques minutes arrive M, garagiste. Il est autour de midi. A trois, nous dissertons encore sur les ravages de l'individualisme en Palestine, puis à quatre quand F, qui s'était d'abord cantonné dans un coin du blockhaus, mais suivait la discussion attentivement, finit par s'attabler lui aussi.

- Eh oui par Dieu (en montrant la photo du rond point de Manara, au centre de la table), ça oui c'était la belle époque!

- On formait un peuple, on se soutenait, on s'aidait.

-On partageait tout!

A., qui avait disparu, revient soudain à notre table. Il y dépose un grand plat de riz, avec de beaux morceaux de viande, un bol de yahourt, des tranches de pain.

- Je vous en prie, dit-il.

Et voilà que nous mangeons tous au même râtelier, en se faisant des politesses, en s'offrant les meilleurs morceaux de viande, en laissant enfin le silence des repus signifier à A. le plus explicite des merci, qui retentit, presque solennel, dans le vide et le froid de la grand salle, comme une fausse note dans ce monde, paraît-il, si individualiste.
par Hajj publié dans : Moyen-Orient communauté : La poésie qui chante
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Jeudi 27 mars 2008

Un bon plat de pâtes, une bouteille de bière, position de la baleine échouée sur mon canapé : c’était ma soirée zapping foot.

 

Me suis faufilé entre les programmes, faisant la sourde oreille aux dernières nouvelles et sans m’attarder pour une fois sur les clips (et les décolletés) des chanteuses libanaises, enregistrés après leur quatrième intervention de chirurgie esthétique.

 

Suis tombé par hasard sur Belgique-Maroc, au moment des hymnes nationaux. Un spectacle édifiant.

 

D’abord les hôtes marocains : droits comme des piquets, fiers, virils, la main sur le cœur et l’autre autour du cou du camarade, de leur bouche s’échappent les paroles de l’hymne national connu par cœur, mais je crois les entendre hurler, comme leurs ancêtres au moment d’envahir l’Andalousie : « Face à vous, l’ennemi ; derrière vous, la mer ! »

 

Dans le public, des centaines de drapeaux marocains (et palestiniens !) et des supporters venus en nombre chantent à tue-tête. Commentaire de la Libre Belgique ce matin : « Ils jouaient chez eux ».

 

Ensuite, l’hymne national belge. La caméra se déplace d’un joueur à l’autre : les yeux baissés, ils dissimulent mal une angoisse qui semble les ronger. Je me dis : comme l’âme belge, l’âme occidentale, a l’air tourmentée, remplie de doutes, comme ils ont l’air chagrinés, coincés en plein weltschmerz.

 

Celui-ci a l’air de penser à sa copine qu’il aime tant, à la relation équilibrée et pacifique qu’ils ont envie de construire ensemble, à son rôle dans la maisonnée, son rôle de mari, de père, la part de féminin qu'il a en lui. Au suivant, au suivant !

 

Celui-là ne sait en quelle langue chanter, son père est wallon, sa mère est flamande, est fla est fla est flamande. Ah si j'étais marocain, ce serait plus simple. Au suivant, au suivant !

 

Celui-là semble se faire un souci énorme pour l’avenir du pays, l’effondrement de la cohésion nationale, la fin des valeurs, l’incivilité. Ah ce Mohamed VI, ça oui c'est un roi. Au suivant, au suivant !

 

Le gardien de but bouge à peine des lèvres congestionnées par le froid. Avec son regard de lion-chagrin, écoutez-le chanter : Avec un ciel si baâas, qu’un canal s’est perdu, avec un ciel si gris…, avec un ciel si baaâs… Ses paroles se perdent dans le silence de la cathédrâaale du foot, et parmi quelques sifflets.

 

Je me suis endormi, pour me réveiller devant un écran de brouillard.

 

Au matin, je me suis précipité sur le site de la Libre Belgique pour avoir la confirmation de ce que je craignais : 4 à 1 pour le Maroc.

par Hajj
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